Thé vert japonais et chinois : quelles différences ?

Le thé vert, depuis les dernières années, a pris dans la société occidentale une place qui est de plus en plus importante, côtoyant aujourd’hui les thés noirs habituels. Mais que savons nous de ces thés et de leurs terroirs d’origine ? Quelles différences peut-il y avoir entre les caractéristiques de production de tel ou tel pays ? Existe t-il plusieurs types de thés verts et plusieurs modes de fabrication ? 
 
 
 
 
 A gauche, thé vert de Chine (Xin Chang Long Jing). A droite, thé vert japonais (Sencha Ibuki)
 
 
 
Si le thé vert désigne un thé dont l’oxydation des feuilles est nulle, il existe effectivement plusieurs façons de procéder à cela.  De toutes les façons, il s’agit d’abord de cuire le thé pour empêcher l’action de l’oxydase et le changement de couleur des feuilles. Dans le cas des thés chinois (et de la plupart des thés coréens), on effectue un désenzymage par chauffage direct, dans une sorte de grand wok. Pour les thés japonais, on passe les feuilles sous des jets de vapeur. Cela a-t-il une incidence sur le goût ? Certainement, car les deux méthodes et leur résultats correspondent au goût et à la façon de consommer des pays qui les produisent.
En Chine, on envisage le thé comme une boisson qui va accompagner la journée, pour s’hydrater et se désaltérer jusqu’au soir. On aime les choses qui ont un parfum légèrement grillé, comme les fèves torréfiées et les fruits secs. Le thé est thématiquement axé sur les parfums. Par conséquent, il a un goût relativement léger avec des parfums très travaillés. C’est une boisson très aérienne et fugace, dans une philosophie proche du Carpe Diem occidental, et évoquant le temps qui passe et les moments insaisissables. 
Au Japon, le thé s’envisage comme une pause, un moment savouré avec une tasse de thé pour s’échapper un court moment du quotidien et se recentrer sur le moment présent. On aime la fraîcheur et les choses plus herbacées et marines. Le thé est thématiquement axé sur le goût. Par conséquent le thé a une saveur très prononcée et des parfums moins diversifiés que les rythmes en bouche, les textures et les effets gustatifs. C’est une boisson très verte et végétale, plus épaisse qu’un thé chinois, et proche pour certains d’un bouillon de légumes. Sa philosophie est plus proche du Zen et des aspects changeants et inconstants du monde. 
La différence se situe aussi dans le mode de préparation et le mode de consommation. 
Si en Chine, on boit le thé toute la journée, on a besoin d’un thé qui infuse lentement et qui développera ses arômes au fil du temps. On pratique l’infusion libre, en rajoutant de l’eau quand on veut à nouveau boire. Les meilleures infusions sont souvent la deuxième ou troisième.
Au Japon, le thé en tant que pause va se préparer en infusion contrôlée, avec des temps d’infusion très courts pour ne pas perdre de temps. Le goût, intense sortira dès la première tasse, qui est la plus importante,  pour apprécier un moment de contemplation avant de retourner aux turpitudes du monde. On continue quand même d’infuser 3 ou 4 fois pour apprécier un peu plus. 
 
 
Les thés verts des deux principaux pays producteurs sont finalement très éloignés les uns des autres, autant dans les modes de consommation et les goûts mais aussi dans leur aura et leur spiritualité. Ils correspondent à leurs dégustateurs : les chinois ne boivent pas de thé japonais, et inversement.

 

L'importance de l'oxydation

L’oxydation enzymatique est un procédé chimique naturel qui s’opère dans les feuilles de thé lorsqu’on les coupe. Un enzyme, l’oxydase, présent dans la feuille, vient transformer la catéchine et la théanine respectivement en théarubigine et  théaflavine. C’est une phase très importante, car elle joue un rôle crucial dans la classification d’un thé. 

  

 Thé vert (non oxydé), thé wulong (partiellement oxydé), thé rouge (totalement oxydé)
On remarque la gradation de vert à brun. 

 
 
 
Chaque famille a un rapport à l’oxydation différent. :
 
-       Le thé vert n’est pas oxydé, il subit une cuisson qui a pour conséquence de rendre l’oxydase inactive. Il existe deux façons de cuire le thé : soit à la vapeur, comme pour le sencha japonais, soit par chauffage direct dans une sorte de wok, comme la plupart des thés verts chinois.
-       Le thé rouge de Chine et le thé noir anglais sont des thés à oxydation complète de 90% à 100%. Les feuilles sont malaxées et roulées après la cueillette pour arriver à ce résultat. De cette manière, l'oxydase "sort de la feuille et entre en contact avec le dioxygene.
-       Le thé wulong est un thé à oxydation partielle,  avec un résultat sur l’aspect gustatif très variable suivant le taux d’oxydation. L’aspect des feuilles varie aussi du vert tendre au noir. L’oxydation est provoquée par choc entre les feuilles dans un genre de tambour ou  dans un panier, puis stoppée avec un séchage à chaleur assez forte pour éviter une activation ultérieure.
-       Le thé blanc, contrairement à ce que l’on peut lire ça et là, possède une part d’oxydation très faible étant donné qu’il n’a pas subi de cuisson. Comme les feuilles sont très peu manipulées, elles ne sont oxydées qu’en surface. L’oxydation peut cependant se poursuivre dans les années du vieillissement car les feuilles sont séchées en douceur, ce qui ne désactive pas une activation postérieure possible de l'oxydase.
-       Le thé sombre est passé à la vapeur et n’est par conséquent pas oxydé. L’action d’un micro organisme, Aspergillus Niger, vient provoquer une fermentation organique qui n’a rien à voir avec l’oxydation enzymatique. C'est cette fermentation qui donne la couleur au thé.
-       Le thé jaune est non oxydé, car cuit à la manière d’un thé vert.
 
Il est important de bien garder cela en tête lorsque l’on parle thé des autres pays producteurs. Le thé grillé japonais est un thé vert malgré sa couleur brune, et la plupart des Darjeelings de printemps, classés à tort dans le thé noir, devrait par leur oxydation partielle, se voir plutôt ranger dans les wulongs.

 

Brève histoire du thé japonais

S’il existe quelques tentatives avortées d’introduction du Camellia Sinensis au pays du Soleil levant, l’histoire du thé japonais commence réellement à la fin du 12ème siècle, quand Eisai, moine parti étudier le bouddhisme chan en Chine (Chan qui au Japon deviendra Zen par la suite) rapporta à son retour, des graines et des plans de l’arbuste chinois, dont les feuilles sont utilisées pour faciliter la méditation et maintenir en éveil. Il mit en terre les plans dans l’île de Kyushu, puis, de retour à Kyoto, donna à Myoe du monastère Kozanji les graines afin qu’il les plante. Ainsi est né le premier jardin de thé au Japon, intimement lié à la religion bouddhiste. Le thé se répand et les terroirs se créent, ancrant définitivement sa culture et sa pratique dans la culture japonaise.
 
 
Eisai, fondateur du Zen, qui ramena le thé de Chine

 

Myoe
 
 
 
Le thé de cette époque est un thé réduit en une fine poudre, puis battu dans l’eau. Le Japon va garder cette tradition pendant près de six siècles alors que la Chine et la Corée passent au thé infusé. C’est un produit luxueux, consommé par les moines et les nobles. Ces derniers organisent des grands banquets, sortes d’orgies autour du thé, dans lesquels on utilise du matériel qui provient de Chine, laqué et doré, en symbole de puissance et de richesse.
Au 16ème siècle, un homme nommé Sen no Rikyu, soucieux de retrouver le sens originel, la pureté et la noblesse du thé, va jeter les bases de la cérémonie du thé et de l’esthétique wabi-sabi. Contrebalançant les fêtes fastueuses des nobles, Chanoyu, la cérémonie japonaise du thé, propose une préparation et une consommation de la boisson dans un rituel épuré et simple, empreint de respect et d’humilité. Le wabi-sabi, l’esthétique attenante à la cérémonie, utilise des objets fonctionnels, en matériaux bruts et modestes, avec des formes visuellement proches de l’état naturel et fabriqués par des artisans locaux. Les premiers bols à thé (Chawan) de la famille Raku à Kyoto datent de cette époque et sont issus d’une collaboration entre Chojiro, le premier représentant de cette dynastie de potiers, et Sen no Rikyu lui- même. 
 
 
Sen no Rikyu, créateur du Chanoyu  
Au 17ème siècle, les premiers thés infusés font leur apparition au Japon. Les techniques de fabrication sont d’abord calquées sur les méthodes chinoises, avec une cuisson par chauffage direct dans une sorte de wok. En 1738, Nagatani Soen va créer à Uji un thé cuit à la vapeur puis roulé en aiguilles, aux saveurs très marqués et aux parfums végétaux. C’est la naissance des senchas, qui proposent, en plus d’un goût purement adapté à celui des consommateurs de l’époque, un temps d’infusion très court, idéal pour les pauses et les temps calmes de la journée. La fierté d’avoir un produit et une technique 100% japonais va également contribuer à son essor.
En 1835, la technique des thés ombrés fait son apparition et le très luxueux Gyokuro naît avec celle-ci. Les thés infusés, pendant la période d’Edo, sont encore très chers et réservés à une élite, et seuls quelques Banchas (thés grossiers issus de la taille des théiers, ou thés régionaux aux méthodes de fabrication peu appliquées) sont consommés par les gens de condition modeste.
La restauration de Meiji et l’ouverture du Japon voient les premières exportations de thé vers des pays comme la Hollande ou les USA, ainsi qu’un début de popularisation de la boisson. Les classes les plus basses inventent le Genmaicha, thé au riz grillé, qui permet par ce mélange la diminution du coût au poids. La production commence aussi sa mécanisation, et les premières machines à cuir e et à malaxer sont créées vers 1890.
Entre les deux guerres, le japon cherche à conquérir de nouveaux marchés et se lance dans la production de thé noir (Wakocha), destinés au marché européen, et d’un thé imitant la forme des thés chinois cuits par chauffage directs mais conservant la cuisson vapeur, les Tamaryokuchas, destinés aux marchés soviétiques et arabes. Le Japon sera pourtant incapable de tenir la compétition face à Ceylan ou l’Inde pour les thés noirs, ainsi que la Chine et Taiwan pour les thés verts.
Après la deuxième guerre mondiale, le thé japonais trouvera donc son salut au Japon, car avec la croissance vertigineuse d’après-guerre et la hausse du pouvoir d’achat des japonais, une véritable démocratisation du thé s’opère surtout du sencha, installant le breuvage dans toutes les classes et tous les foyers. L’exode rurale des ces années facilitera aussi l’achat du thé en magasin au lieu d’une fabrication artisanale pour la consommation personnelle.
Dans les années 80, le boom de l’agriculture du thé s’estompa un peu avec l’arrivée des sodas et autres boissons fraîches, puis du thé en canette, et pour finir du sachet. La consommation du thé en feuilles baissa devant le succès de ces boissons prêtes à l’emploi et pratiques.
Aujourd’hui, la production de thé japonais oscille entre 90 000 et 100 000 T par an. La surface cultivée est plutôt stable avec une production de sencha atteignant 70%, mais le nombre de producteurs diminue chaque année. La conséquence, c’est que la place des petits producteurs, qui produise du thé de caractère et de bonne qualité, se fait de plus en plus petite par rapport aux grands industriels. On peut s’alarmer de la situation, car si le thé japonais a de beaux jours devant lui, il paraît évident que sa diversité et sa qualité sera mise à l’épreuve dans les prochaines années, face à l’uniformisation machinale des grandes marques, leaders du marché. Le bon thé japonais est en danger, et il est indispensable pour sa survie d’aller de nos jours trouver des amateurs en dehors du Japon.

 

Botaniquement parlant

 

 
Nous allons aujourd'hui parler de botanique et essayer de savoir un peu ce qui se cache sous le terme « thé » que nous utilisons souvent à tort pour désigner n'importe quelle banale infusion.
 
 
Le thé, avant tout, c'est une plante : le camellia sinensis. Tout ce qui n'est pas camellia sinensis n'est pas du thé, tout ce qui est camellia sinensis est du thé. Nous mettrons donc de côté tout ce qui sera autres infusions, les rooibos, honeybush, tilleul, verveine et tisanes diverses. Le thé en lui-même n'est issu que de notre camellia chinois, proche cousin des camellias à fleurs des jardins d'agrément.
 
 
Le feuillage du théier est persistant, les feuilles alternes, de forme allongée, avec un bord de feuille dentelé. Les fleurs sont petites et blanches, à cinq pétales, et les fruits à capsule. Le théier pousse sur les sols acides, idéalement entre 1000 et 2000 mètres d'altitude (mais peut s'accoutumer sans problèmes à des altitudes plus basses) et dans un environnement chaud et humide.
 
Fleur de thé
 
 
Il existe officiellement trois variétés qui sont camellia sinensis var. sinensis, camellia sinensis var. cambodiensis, et camellia sinensis var. assamica. On peut noter toutefois, dans chaque pays producteur, de nombreux cultivars (de la contraction de l'anglais cultivated variety) comme le Da bai, le shui xian, ou le Anji bai cha pour la Chine ; le yabukita, le saemidori ou l'asatsuyu pour le japon . Ces cultivars sont très nombreux et issus de croisement entre d'autres variétés ; ils permettent un éventail de saveurs encore plus large.
Le théier, en milieu sauvage, peut atteindre plusieurs mètres, comme dans le Yunnan ou poussent les plus vieux théiers du monde ; mais en général il est taillé pour la culture, de façon à limiter sa croissance et rendre la cueillette plus facile. Il est originaire d'une zone géographique qui comprend le sud-ouest de la Chine, le nord de la Thaïlande, le Laos, le sud-est de la Birmanie et l'Assam en Inde.

Culture de thé à Darjeeling, en Inde.
 
 
Théier sauvage au Yunnan, en Chine
 
 
 
Bourgeon de thé  
 
 
   
La partie du théier qui nous intéresse n'est pas les fleurs, mais les feuilles, puisque ce sont celles-ci qui sont récoltées, et plus particulièrement les bourgeons. En effet, c'est à cet endroit de la plante que se concentrent tous les principes actifs et gustatifs. Ainsi plus votre thé sera riche en bourgeons, plus il sera riche en goût, parfum et bienfaits pour la santé. La cueillette se fait aujourd'hui encore à la main dans beaucoup de sites de production, mais la machine devient de plus en plus présente, surtout en Chine et au Japon où elle est largement démocratisée, malheureusement, car la finesse de la récolte est bien moindre qu'avec une récolte manuelle.
On utilise aussi les graines pour fabriquer de l'huile. Il est évident que « l'huile de thé vert » qu'on peut croiser sur les étiquettes de produits cosmétiques sont une pure invention marketting ; l'huile de thé n'est pas faite avec les feuilles transformées, et les graines ne sont pas des graines de thé vert, rouge ou wulong car ces termes ne s'appliquent qu'au thé à infuser en tant que produit fini.

 

Thé et vins: des parallèles étonnants

 

Le thé, en Chine et dans les pays asiatiques producteurs, s'abordent de la même façon que le vin en France. Voici une mise en parallèle en dix points entre ces deux produits qui jouent résolument dans la même catégorie.

 




1) Il n'existe pas qu'un seul type de vin, on trouve des vins rouges, blancs, rosés, ou jaunes avec des particularités selon chaque grande famille. De même, le thé a plusieurs facettes représentées par les six familles (voir article "Des six familles de thé).

2) Il est, pour le thé comme pour le vin, un nuancier, une variété de goûts et de parfums très riche décrit par des expressions et des mots qui sont souvent les mêmes (astringent, tannique, fruité, marin, ou corsé par exemple).

3) Le savoir faire du cultivateur et du fabricant est indispensable pour obtenir une bonne matière première qui produira un bon thé ou un bon vin.

4) Le vin et le thé étant tout les deux issus d'une plante, le terroir et la composition des sols jouent aussi énormément sur le résultat final.

5) Certains thés, comme certains vins, peuvent vieillir et se bonifier avec le temps. Il est essentiel pour cela d'avoir d'une part une bonne qualité de départ et des conditions de conservation idéales.

6) Au fil du temps, des instruments spécifiques pour déguster ces deux boissons ont été crées. S'il paraît impensable à un français de servir un Saint-Emilion dans un flûte à Champagne, il semblerait malvenu pour un chinois ou un japonais de ne pas préparer et servir le thé avec des accessoires appropriés.

7) Comme avec le vin l'éventail des qualités et de leur prix est très vaste, et si l'on peut trouver des thés "piquette" autour de 3€ les 100 grammes, il n'est pas rare, pour des qualités très nettement supérieures, d'obtenir des prix, pour la même quantité, avoisinant les 300€.

8)Les effets du vin (avec modération bien sur) et ceux du thé sont bénéfiques pour la santé. Le thé est d'autant plus sain qu'il ne contient pas d'alcool.

9) Dans le monde asiatique, le thé est puissamment ancré dans la culture orale, littéraire, artistique ou spirituelle, comme c'est le cas du vin que l'on retrouve dans les expressions, la poésie ou les églises européennes.

10) Le thé, comme le vin, est considéré par les professionnels qui le produisent ou les amateurs qui le consomment comme un produit noble et digne d'être l'objet d'une passion très enrichissante.

 

Les thés Japonais sont-ils radioactifs?


 

Quelles sont les conséquences de l'accident nucléaire de Fukushima sur le thé japonais ? Les thés japonais sont-ils radioactifs ? Sont-ils dangereux pour la santé ? Ce genre de questions est le lot quotidien de toutes les personnes évoluant dans le milieu du thé, et il est compliqué d'y répondre sans entrer dans les détails.
 

 

 

 

 

 

 

Pour commencer, il faut savoir que les principales régions productrices ont été épargnés et que les productions de ces régions gardent des taux inférieurs aux normales européennes et japonaises. Mis à part les régions les plus proches de l'accident où l'on a relevé des mesures légèrement supérieures (Niigata et Saitama par exemple), quelques spots seulement à Kanagawa et un seul spot à Shizuoka ont été relevés comme dépassant timidement les limites autorisées. La plus grande partie des thés japonais n'est pas plus radioactive que les vins de France proche de certaines centrales, et est donc tout à fait sans danger.

 

 

 

Mais qu'en est-il de ceux qui ont dépassé le seuil ? En fait il y a une autre donnée à prendre en compte. Les mesures ont été prises à partir de trois éléments : les feuilles fraîches, les feuilles sèches, et l'infusion. Alors que les mesures les plus fortes sont relevées dans les feuilles sèches, le taux de radioactivité est divisé par 5 à 10 fois dans les feuilles sèches, et par 30 à 50 fois dans les infusions. En fait, pour être contaminé, il faudrait ingérer les feuilles de thé à raison d'un kilo par jour pendant 2 mois. Peu de risque donc. Et si vous voulez être complètement sûr, assurez vous d'opter pour un des thés de Kyushu (île du sud) qui ne contiennent aucun élément radioactif.

 

 

 

Est-il possible de retrouver des produits contaminés sur le marché européen ? Aucune chance. A moins d'acheter du thé sous le manteau sans savoir d'où il vient, il impossible de se procurer les thés qui dépassent les seuils en Europe. La bonne raison, c'est qu'il a été mis en place un système de double analyse: une fois au Japon, dont les résultats doivent accompagner les marchandises exportées; puis une nouvelle fois en Europe par les douanes du pays qui reçoit les colis. Si vous achetez un thé japonais dans une boutique de thé en occident, vous êtes assuré d'avoir un produit non contaminé.

 

 

 

Quelles sont les conséquences ? Pour les producteurs, au Japon, c'est la difficulté d'exporter leur production, une perte de temps et des frais supplémentaires pour les analyses.

 

Pour les professionnels européens, c'est la difficulté de trouver des producteurs acceptant d'exporter, à cause les difficultés que cela implique. C'est aussi une perte d'argent considérable lorsqu'il s'agit de thés prestigieux et commandés en petite quantité. Pour l'analyse, 1kg est nécessaire. Il faut donc prévoir un kilo supplémentaire pour chaque type de thé acheté, pour l'analyse. Si l'on achète 1kg de thé haut de gamme, le prix est donc doublé, car le kilo prélevé n'est ni restitué après analyse, ni dédommagé (merci le système douanier).

 

Pour le consommateur, c'est une hausse des prix, à cause des frais qui découlent de toute cette chaîne.

 

 

 

Pourtant, le Japon n'a jamais eu autant besoin d'exporter ses thés, d'une part pour se relever économiquement de la catastrophe, et d'autres part, pour la diversité de sa production. Chaque année il y a de moins en moins de producteurs de gyokuro, de tamaryokucha, et d'autres thés particuliers ou de nouvelles créations, victimes de la standardisation du goût et de la facilité à produire du sencha. Il faut soutenir les petits producteurs et les gens qui travaillent pour obtenir une qualité toujours supérieure, et pour cela, il faut continuer de consommer du thé japonais.

 

Dialogue : Thés parfumés, création ou arnaque?

 
 
Thé à la violette, à la fraise, à la rhubarbe ou à la rose/caramel/fleur d'oranger/cassis, les thés aromatisés sont très présents chez nos vendeurs de thé et dans nos supermarchés, et semblent faire preuve d'une possibilité de combinaisons infinie. Pourquoi ces thés, depuis quand existent-ils, comment les reconnaître ? Nous allons ensemble, au travers des questions souvent posées, tenter d'élucider quelques énigmes par rapport à cette coutume bien de chez nous qu'est l'aromatisation des thés.
 

 

 

Pourquoi « bien de chez nous » ? les autres pays n'en consomment pas ?

 

En fait, les thés aromatisés ne sont présents que sur les marchés occidentaux, car en Asie, en Afrique, et plus généralement dans l'immense majorité des pays producteurs, on ne consomme ni ne produit ce genre de thé. Si l'on veut ajouter quelque chose au thé, on le fait infuser avec une autre plante ou fruit frais, comme on le fait par exemple en Afrique du Nord avec le thé à la menthe.

 

Quelle différence cela fait-il avec les thés aromatisés ? Il y a aussi des morceaux de fruits dedans...

 

La différence, c'est que les fleurs, fruits ou autres morceaux d'épices et de plantes séchées ne sont là que pour le look. Ce qui va tout faire changer, ce sont les arômes artificiels que l'on va rajouter pour créer ces thés de toutes pièces.

 

Que sont réellement les thés aromatisés alors ?

 

Les thés aromatisés sont donc des thés de qualité très ordinaire, voire médiocre, auxquels on va rajouter au choix des huiles essentielles, des parfums de synthèse (les mêmes que pour les chewing gums et les bonbons par exemple), des exhausteurs de goût (correcteurs d'acidités, édulcorants...) et parfois même des colorants.

 

Mais ! L'impact pour la santé alors ?

 

L'impact sur la santé de ces produits est très controversé, aussi je ne m'étendrai pas sur ce point, chacun est juge et libre d'ingérer ou pas ce type de produit. Cependant, même dans le cas ou les thés aromatisés ne serait pas dangereux pour vous, sachez qu'il ne seront pas bénéfiques non plus tant ils sont pauvres en principe actifs et gustatifs. C'est bien pour cela qu'on les aromatise, d'ailleurs.

 

On aromatise donc du thé de mauvaise qualité pour le rendre attractif ?

 

Oui, mais pas seulement. Lorsque ce type de thé est né, le marché du thé en Europe était très restreint en terme de choix, car on avait accès à l'époque qu'à un minuscule éventail de thés différents. Cet éventail, en plus d'être très restrictif, était représenté quasi-uniquement de thé noir anglais, les autres familles restant méconnues voire totalement ignorées. Comme on avait à disposition peu de sortes de thés (et de surcroit d'une qualité laissant souvent à désirer) on a commencé à ajouter des choses pour composer plusieurs produits différents avec une même base de thé. Ce qui a aussi contribué à la réussite de ces thés trafiqués, c'est l'idée du « tout-prêt », un produit facile d'utilisation dans n'importe quelle condition ; mais qu'est-ce qui est meilleur: un gâteau maison ou un gâteau Alsa ?

 

Moi de toute façon, je bois du thé parfumé pas aromatisé.

 

« Parfumé » n'est, dans la majeure partie des cas, qu'une façon déguisé d'un point de vue marketting pour dire aromatisé, les deux termes sont semblables en tout point.

 

Comment puis-je les reconnaître, comparés aux autres thés ?

 

D'abord, au visuel. Si votre thé est composé de feuilles de thé, de fleurs, de fruits séchés, de graines où d'épices en tout genre, ce n'est pas un thé nature. Ensuite, au nez, si vous sentez des parfums qui vous font penser à des bonbons, des parfums d'ambiance ou des eaux de Cologne, le tout avec une puissance très marquée, posez-vous la question. Méfiez vous aussi des thés standard comme le Earl Grey qui devient de plus en plus un référence, remplaçant dans l'inconscient de beaucoup de gens le véritable goût et le vrai parfum des thés noirs.
 
L'Earl Grey, ce n'est pas un thé nature ?

 

Non, c'est un thé aromatisé à la bergamote. C'est surement avec le thé de noël, l'un des premiers thés parfumés. Le nom de cette préparation vient du Comte Earl Grey, qui avait l'habitude de mélanger à son thé de l'essence de bergamote. Aujourd'hui il est fabriquée avec des arômes de synthèse, bien moins chers.

 

Où les thés aromatisés sont-ils fabriqués ?

 

La plupart des thés aromatisés ou parfumés sont fabriqués en Allemagne ou aux Pays-Bas, d'après une matière première mélangée provenant de Ceylan, ou des Nouveaux Pays Producteurs (NPP). Le problème, c'est qu'avec ces mélanges, l'origine du thé n'est plus garantie. De plus, les noms marketings donnés aux thés aromatisés éclipsent totalement leur lieu de production : un thé qui aura pour nom "Paradis des geishas" par exemple, ne vous renseignera aucunement sur la provenance de celui-ci. Chez les fournisseurs, ces thés sont également appelés par un nom marketing. Résultat: les marchands de thé ne savent pas ce qu'il vendent, et l'acheteur final ne sait pas ce qu'il consomme.

 

Le thé au Jasmin est-il un thé aromatisé ?

 

Oui et Non. Pour les thés au jasmin de basse qualité (supermarché et entrée de gamme en magasin spécialisé), c'est une pulvérisation d'arômes comme pour les autres thés aromatisés. Mais il reste, en Chine, un procédé beaucoup plus traditionnel qui permet de redorer le blason des thés verts un peu passés. On place le thé dans une pièce à atmosphère contrôlée, et l'on va y superposer une couche de fleur de jasmin. Une couche de thé, une couche de fleurs, une couche de thé, une couche de fleurs. Puis on retire toutes les fleurs de jasmin. On peut répéter l'opération jusqu'à 5 fois. C'est la méthode dite par impression, et plus le thé est imprimé un nombre important de fois, plus il est onéreux. Pour un thé par impression, il est inutile de compter en dessous de 10 euros pour 100 grammes.

 

En résumé ?

 

Le thé aromatisé : avantages
 

- Combinaison de parfums infinie

- Ludique et accessible

 

Le thé aromatisé : inconvénients
 

- Entre les exhausteurs de goût, les arômes artificiels et les colorants, vous ne savez pas ce que vous buvez. Rien ne vous renseignera sur la composition de votre thé.

- Pas de bénéfices pour votre santé à cause de la médiocrité de la matière première.

- En vous habituant à des parfums très forts et stéréotypés, il déformera votre goût, et vous serez de moins en moins apte à déceler des subtilités dans d'autres thés natures.

- Mélanger des arômes artificiels nécessite un savoir-faire bien moins élaboré que faire ressortir tous les parfums naturels d'un thé pur, dont la maitrise de fabrication est le résultat d'une expérience collective séculaire.

- Le plaisir de préparation n'est pas le même qu'un bon thé en Gongfu Cha, ou une dégustation comparée.

 

 

 

Pour finir je dirais que le thé aromatisé est un peu au thé nature ce qu'est le Fanta au jus d'Orange, ou ce qu'est la Sangria au Vin AOC. Et si vous n'êtes toujours pas convaincu par rapport à la qualité des thés parfumés, pensez donc à ceci : le thé parfumé étant souvent moins cher que le thé nature ; Comment expliquez vous, si la qualité n'est pas bien moins inférieure, que le prix baisse alors qu'on ajoute quelque chose ?

 

 
 
 
 
 

 

Maison de thé TENCHA, spécialiste des thés japonais et chinois à Angers

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